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2.3.3.5. La Palestine et ses voisins arabes

La Palestine et ses voisins arabes

Quelle a été l’attitude des pays arabes vis-à-vis de la question palestinienne depuis un siècle ?
L’idée, communément admise, est que la cause palestinienne est soutenue par l’ensemble du monde arabe.
Qu’en est-il exactement ?

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Selon Leïla Shahid (ancienne ambassadrice de Palestine) : « Il faut bien distinguer ce que la question de Palestine représente chez les citoyens arabes et ce qu’en ont fait les États qui les représentent. Force est d’admettre que, dans l’échec de la reconnaissance du droit des Palestiniens à leur terre et à la création de leur État, la responsabilité de ces États arabes est grande. Les relations entre les États arabes et la Palestine sont en fait très complexes et ce avant même la création de l’État d’Israël. »


Retour sur les événements :

1948

En 1948, les États arabes voisins du nouvel État autoproclamé d’Israël entrent en guerre contre lui pour le détruire. Son origine provient du refus opposé par la Ligue arabe de reconnaître le partage de la Palestine décidé par l’ONU en novembre 1947. Bien que le décompte des forces arabes soit difficile, on peut dire que sont engagés du côté arabe : l’Égypte, la Jordanie, la Syrie, le Liban, l’Irak, et dans une moindre mesure l’Arabie saoudite et le Yémen du Nord.
Mais on peut noter que la Jordanie, suite à un probable accord secret avec Israël, annexe la Cisjordanie (en fait la Palestine…)

1967

En 1967, la Cisjordanie est occupée par Israël. 300 000 Palestiniens de Cisjordanie se réfugient en Jordanie et Yasser Arafat installe le siège de l’OLP à Amman, capitale de la Jordanie (qui pourrait de fait devenir la Palestine…). Face à cette menace d’un pouvoir palestinien au cœur du royaume hachémite, le roi Hussein de Jordanie lance en 1970 un mouvement de répression massive contre les Palestiniens et chasse l’OLP (qui trouve refuge au Liban voisin) : c’est « Septembre noir ». Les autres pays arabes ne condamnent pas ce « nettoyage » de la Jordanie.

1973-1979

1973. Guerre du Kippour. Israël n’échappe à la défaite que grâce à une aide militaire marquée des États-Unis. L’égyptien Anouar el-Sadate considère que l’humiliation de 1967 est lavée et que la « paix des braves » est possible. En novembre 1977 il se rend en Israël (discours à la Knesset). S’ensuit la signature des accords de Camp David en septembre 1978 et la signature du traité de paix israélo-égyptien en mars 1979.

1982-1985

1982. Liban. Camps de Sabra et Chatila : les Palestiniens de ces 2 camps de réfugiés à Beyrouth-Ouest sont massacrés par les milices chrétiennes arabes libanaises.

1982-1985. L’armée syrienne (Hafez el-Assad) assiège les camps palestiniens pour punir Arafat d’avoir choisi de se réfugier à Tunis et non à Damas pourtant très proche (120 km) quand il a été contraint de quitter Beyrouth avec l’aide de la France.

1991-1994

1991 : Guerre du Golfe contre l’Irak de Saddam Hussein. L’OLP prend le parti de l’Irak alors que plusieurs Etats arabes sont du côté de la coalition intervenant sous mandat de l’ONU (Égypte, Arabie saoudite, Syrie). L’OLP perd le soutien financier des monarchies pétrolières, tandis que de nombreux immigrants palestiniens sont contraints de quitter les émirats du Golfe Persique.

1994. Traité de paix israélo-jordanien.

2000-2020

2000. 2e Intifada. La montée de l’islamisme (mouvement Hamas depuis 1988) au sein de la population palestinienne, très jeune, surtout dans la bande de Gaza, pose un problème aux États arabes qui luttent contre l’islamisme ou qui craignent son influence au sein de leurs propres territoires : Égypte, Syrie, Irak après S. Hussein, monarchies du Golfe. Par ailleurs, le Hamas (sunnite) est soutenu par l’Iran chiite. Or l’Iran est le principal ennemi des pays arabes du Moyen-Orient.

depuis 2011 : guerre civile ou importantes difficultés intérieures au Liban, en Syrie, en Irak, au Yémen, en Égypte ==> la question palestinienne n’est plus une priorité pour ces pays.

2020. Accords d’Abraham. Ils garantissent la normalisation des relations diplomatiques entre Israël, d’une part, et les Émirats arabes unis (EAU), Bahreïn, le Soudan et le Maroc, d’autre part. L’Arabie saoudite n’est pas signataire mais est favorable à ces accords.
« Un conflit limité à des opérations contre le Hamas, dans la bande de Gaza, ne suscitera pas l’hostilité de ses partenaires arabes, opposés à cette émanation des Frères musulmans. »

J.-F. G., octobre 2022.

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https://www.cairn.info/revue-herodote-2016-1-page-273.htm
La Palestine, les Arabes et le monde arabe : entre rivalités et représentation
Entretien avec Leïla Shahid, Propos recueillis par Béatrice Giblin, Pierre Blanc, dans Hérodote 2016/1-2 (N° 160-161), pages 273 à 286.

https://books.openedition.org/septentrion/48752?lang=fr
Israël face au monde arabe : La Palestine entre la guerre et la paix « , p. 217-321 in Dominique Perrin, Palestine, Une terre, deux peuples, P.U.S., 2000.


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